Cam

20%

Je regardais mes petites sections, et j’ai repensé à ces sondages glaçants. Environ 20% d’enfants victimes d’abus, au moins 2 par classes, un sur cinq… C’est dément.
J’ai toujours eu cette mauvaise appréhension en repensant à mes années maternelles, années résumées à seulement quelques flashs super space aujourd’hui. Ma mémoire est assez brumeuse. Je ne sais pas trop pourquoi, j’ai jamais osé en parler parce que c’est seulement basé sur une angoisse obscure. C’est dur de parler de quelque chose dont on est pas sûr. Mon seul argument, c’est que je le sens. Alors que, si ça se trouve, il ne s’est juste rien passé, et je suis peut-être seulement bizarre, avec des semblants de faux-souvenirs glauques.

J’en ai parlé à Justine récemment, parce qu’elle me demandait des conseils sur comment surmonter l’anxiété généralisée, les attaques de panique, et la dépression.
On a dérivé sur la recherche de la source du problème. Pour elle, il lui semblait évident que c’était lié à l’image de sa mère qu’elle avait toujours connue dépressive, et aux abus subis par son frère. Puis elle m’a demandé quelle avait pu être ma cause, à moi. Au début, je lui répondais que je ne savais pas trop, peut-être juste des antécédents familiaux d’angoisses et de dépressions, un cerveau qui tombait parfois malade...
Puis je me suis sentie assez en confiance pour lui évoquer mes doutes sur la maternelle. Cette impression qu’il s’était passé quelque chose de grave et de traumatisant. Elle m’a dit qu’en vrai c’était probable, que les attouchements arrivaient beaucoup plus souvent qu’on ne pensait. Que je faisais peut-être une amnésie traumatique. Mais je n’avais que des exemples qui ne voulaient pas forcément dire grand chose.

Comme les souvenirs étranges de comment je voyais le monde en maternelle, la sensation d’être comme toujours défoncée, à côté de mon corps. Ce brouillard dans ma mémoire. La peur profonde du dortoir. Les parasomnies, et plus particulièrement la paralysie du sommeil, que j’ai toujours connues. Mes rêves plus glauques les uns que les autres. Mon introversion et mon calme extrême (on apprend qu’aucun enfant ne né timide, c’est qu’il a été braqué par quelque chose avant ses sept ans, le plus souvent causé par les parents d’ailleurs). La sensation inexpliquée de honte qui m’envahi parfois quelques secondes et disparaît aussi vite qu’elle est venue, quand je suis allongée. Ma découverte précoce de la masturbation, parfois excessive. La pornographie trop tôt. Les dessins qu’on faisait avec Faténa sur le viol (surprise, surprise, elle a aussi subi des attouchements de la part de son frère). Le fait de ne pouvoir me faire plaisir seule uniquement. De ne quasiment rien ressentir de la part de mes partenaires, malgré l’envie. De ne pas avoir saigné lors de ma première fois avec Kostik (après en plus six mois de vaginisme). Le fait de vouloir rendre le sexe violent. Mon ancienne addiction à la weed. De mon épisode anxio-dépressif, mes attaques de paniques et mon stress post-traumatique qui ont explosé en 2019. Mon trouble dissociatif. Ce fond de tristesse constant. Le fait de bosser dans la petite enfance. Mon appréhension qui persiste au moment de dormir.

Une nuit j’ai rêvé de pédophilie. En me réveillant, j’ai constaté que je m’étais pissé dessus. J’avais 21 ans, j’ai pas compris. Mais c’était peut-être juste la dépression et l’angoisse. Je ne le saurai sans doute jamais. Pourtant y a une part de moi qui en est convaincue.